Quel plan choisir pour votre histoire? La méthode de la cage aux lions

Hello!

Voici la suite de l’article sur comment ne pas se faire bloquer par son plan. Je vous propose maintenant une méthode pour choisir le niveau de détail de votre plan en fonction de votre façon d’écrire, des besoins de votre histoire mais surtout en fonction des lions rugissant que la cage devra contenir 😉

un chat rouquin baille largement, ok c'est pas un lion mais ça fait peur

ivabalk / Pixabay

Comment, quels lions? Ne vous êtes-vous jamais fait mordre les doigts par vos personnages pendant que vous tapiez sur votre clavier? Ce moment où vous sortez votre fouet pour les forcer à partir dans une direction mais que eux veulent tout le contraire… Et bien moi, à force de me faire bouffer les doigts, j’ai fini pas avoir peur de m’approcher des lions.

Blague à part. N’avez vous jamais été frustré lors de la création d’un plan, à essayer de suivre les bonnes structures de scénario pendant des jours et des jours… Et à la fin, lorsque vous tenez enfin le plan parfait, vous vous lancez. Mais à la première scène que vous écrivez en étant vraiment plongé dans l’histoire, vos personnages ne réagissent pas comme prévu et hop! Ils flanquent tout par terre comme un gros chat maladroit!

La cage du lion était trop étroite. J’ai fini par comprendre que l’on peut adapter la taille de la cage et même sa forme. Bref, si vous choisissez le bon type de plan, vous pourrez écrire de façon beaucoup plus sereine sans craindre que vos personnages ruent dans les brancards.

Le principe

Tout part de l’idée de Julia Cameron, un coach en créativité. Selon elle, l’écrivain n’est là que pour laisser s’écouler le fluide créateur à travers lui et l’œuvre prend forme par elle-même. De façon plus scientifique, je crois que notre cerveau a une capacité de dédoublement, que nous sommes tous un peu schizophrène. Ainsi, lors des transes créatives, nous pouvons prêter un bout de notre cerveau à notre personnage et ses réactions, ses mots, seront alors les siens, comme s’il était un véritable être humain. Notre job consiste alors à ouvrir une porte sur son cœur pour que le lecteur s’identifie à lui.

Dans cet esprit, j’ai proposé dans l’article précédent une méthode pour se lancer dans l’écriture d’un plan en connaissant intimement ses personnages (vous savez les lions qui ne demandent qu’à vous bouffer les doigts ;). Maintenant, nous allons voir comment adapter la cage en fonction des besoins de l’histoire. J’ai identifié quatre types de plans:

  • Le plan «micro» hyper structuré aussi appelé « la vierge de fer»
  • Le plan «macro» ou: la cage qui laisse respirer
  • Le plan «ouvert» ou: la cage sans barreaux
  • Pas de plan, rien, nada, voilou! et sa version un peu moins radicale, le plan «free-style»

Le micro plan hyper structuré aussi appelé: «La vierge de fer»

Comment ça une vierge de fer? Regardez l’image ci-dessous, vous comprendrez mon point de vue sur les plans trop détaillés et des cages trop étroites:

un sarcophage garni de picot, métaphore d'une histoire où le personnage est écrasé par le plan et ne peut plus faire un geste

OK, la métaphore est violente est un peu médisante. Par exemple, dans une intrigue policière, ou dans une histoire riche avec de nombreuses sous intrigues, on doit parfois aller très loin dans le détail. L’avantage est que l’on sait où l’on va et qu’on n’oubliera pas un indice en cours de route. Le problème est que la cage du plan est si étroite que le personnage est enchainé des pieds à la tête: il n’osera plus dire un mot, plus rien ressentir. Si l’on vous disait à vous «là, c’est le moment d’être en colère», le seriez-vous? Je veux dire, avec vos mots à vous et du fond du cœur?

Quelle est la solution si on a vraiment besoin d’entrer dans le détail?

Déjà, construisez le plan par étape. En général, à l’étape où on détermine le thème de l’histoire, on a souvent une petite idée de quels grands événements pourront l’illustrer. On peut aussi avoir des idées au stade de la fiche univers. OK, mais il ne faut pas les graver dans le marbre. Faites la fiche du héros. A l’étape où vous vous interrogez sur son conflit intérieur, son besoin frustré et ses problèmes dans sa façon de voir le monde, vous risquez fort de vous dire: «tiens, pour progresser, il faudrait qu’il soit soumis à tel choix, qu’il subisse telle épreuve…» Ça, ça finira souvent dans le plan.

Mais la vrai astuce nous vient de la méthode du flocon. À la fin de votre fiche personnage, quand vous êtes bien immergé en lui, racontez l’histoire vue par ses yeux. Là, vous aurez une trame de plan en adéquation avec ses sentiments. Ensuite, attaquez la fiche de l’antagoniste (le grand méchant 😉 et rebelote, écrivez l’histoire vue par ses yeux. Puis ajustez le plan. On peut faire ceci pour pas mal de personnages importants. Mais au final, on en oublie toujours. Dans une de mes histoires de sorcellerie, c’est le familier du sorcier qui a foutu en l’air mon plan. Je ne l’avais pas venu venir celui là! ^-^

La cerise se pose à la fin: les dialogues

OK pour le plan, mais méfiez vous des dialogues. Je crois qu’il vaut mieux ne pas les poser en avance.  Au moins eux. Ainsi, on pourra les écrire de «l’intérieur vers l’extérieur» comme dirait Robert McKee, un grand chantre du scénario Hollywoodien. Voici une petite technique inspirée de sa méthode et de celle de Lisa Cron (romancière):

Avant chaque scène, on relie ses fiches personnage, si cela fait longtemps qu’on a pas écrit. Ensuite, on pose sur le papier:

  1. L’état d’esprit des personnages en entrant dans la scène. Le héros est-il en colère contre quelqu’un? A-t-il peur qu’on découvre son secret?
  2. Ce que les personnages attendent de la confrontation, ce dont ils ont besoin. Comment ils pensent que la scène va se dérouler et pourquoi?
  3. Ce que ce moment éveille en eux comme souvenir émotionnel.

Attention, c’est de la préparation, tout ce que vous aurez écrit là n’a pas vocation à être dans le livre. Le plus intéressant dans un dialogue, ce n’est pas ce que disent les personnages, c’est ce qu’ils ne disent pas, dans les tensions qui les habitent, dans ce que le lecteur devine sur eux. On y reviendra dans un autre article.

Voilà! Si vous préparez un minimum vos scènes micro planifiées et que vous gardez vos dialogues pour la fin, vous aurez tout de même des réactions HQE (Haute Qualité Environnementale? Meuh non! Haut Quotient Émotionnel).

Le macro plan et la cage qui laisse la place de respirer

Si vous ne voulez pas trop planifier, libre à vous. Plus la cage est grande, plus les personnages pourront être authentiques. Toutefois, il peut être intéressant pour ne pas les laisser tourner en rond et tout de même, de jeter sur le papier quelques grandes étapes. Notamment ce qu’on appelle les retournements de situation. Ce moment où tout est remis en jeu. McKee conseille plutôt de noter les climax. Attention, un climax, ce n’est pas une explosion de voiture, c’est un choix difficile. Il n’y a pas de moment où le lecteur est plus engagé dans l’histoire que le moment où un personnage prend une décision.

Pour Lisa Cron, c’est là que s’ouvre la porte sur le cerveau et le conflit intérieur du héros et c’est cela qui alpague le lecteur comme un hameçon. Attention, un grand choix ce n’est pas le choix entre le bien et le mal (trop facile, même Hitler, de son point de vue, choisissait le bien), c’est un choix entre deux irréconciliables biens, ou deux aussi terribles maux. Là, la décision est vraiment dure à prendre et le lion tourne en rond dans sa cage, n’avez vous pas mal pour lui?

un tigre résigné dans sa cage trop étroite, métaphore d'un personnage frustré par le plan

Unsplash / Pixabay

Et la fin? Doit-on la planifier? Dans une nouvelle, c’est souvent  vivement conseillé de connaitre sa chute dès le début car tout sera construit autour étant donné le peu de signes disponibles. Même pour le roman, trouver une bonne fin est difficile et c’est souvent la conclusion d’une métaphore sur la vie. Cela mérite un peu plus que de l’improvisation. Mais d’un autre côté, une fin c’est aussi un climax, un choix. Et au stade du plan, que sait-on vraiment des choix de notre héros?

C’est là qu’entrent en scène les plans «ouverts» et les plans «free-style». On entre dans une façon totalement différente de concevoir une intrigue où ce qui compte, ce n’est pas le «résultat» mais le «détonateur». Je vous propose de découvrir cela dans un autre article car il est temps de bosser un peu 😉

La suite:

Comment entrer dans le cœur du héros? Un plan ouvert et une cage sans barreau…

À vos plumes!

un stylo plume sur une feuille couverte d'écriture

422737 / Pixabay

Bien sûr, je vous encourage à tester les trois techniques d’écriture que j’ai citées ci-dessus:

  1. L’élaboration du plan de façon incrémentale, en sautant de personnage en personnage (méthode du flocon). Si vous avez une histoire en gestation, vous pouvez commencer du début. Sinon, il est toujours temps de revoir votre plan et de vous assurer que celui-ci est en phase avec les désirs de vos personnages principaux. Et si vous avez une histoire «cassée» dans un carton, cette méthode du flocon peut vous être très utile pour la remettre à l’endroit.
  2. L’identification des grands climax de votre histoire. Essayez de noter si il y a une progression dramatique (des choix de plus en plus durs…)
  3. La préparation des scènes en se posant les trois questions clef: sentiments caché, but et souvenir émotionnel.

Mais j’imagine que ce qui vous intéresse vraiment à ce stade, c’est de savoir quel niveau de plan vous avez besoin? Alors demandez-vous:

  • Quel est votre type d’intrigue? Plus vous êtes dans une intrigue scientiste (enquête policière, complot mondial, conflit politique…) Plus vous risquez d’avoir besoin de planifier. Mais toujours en connaissant vos personnages.
  • Avez-vous peur de ne pas connaître intimement vos personnages au moment où vous devez commencer la rédaction proprement dite? Êtes vous dans un style où ce qui compte par dessus tout c’est la vérité dans les choix de vos héros? Par exemple, est-ce une histoire de zombie? Une dark romance? Dans ce cas, il peut être préférable de leur laisser un maximum de champ libre.

^-^

Voilà, c’était mon grain de sel sur le niveau de détail des plans.

N’hésitez pas à partager votre expérience personnelle et à donner vos idées en commentaire. Tout cela est amené à évoluer car on ne cesse jamais d’apprendre.

Et n’hésitez pas à me contacter dans la rubrique «Services et R&D» si vous voulez des conseils plus personnalisés ou que je traite une question précise!

Bonne chance à vous dans vos projets! ^-^

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Posted in conseils d'écriture, Légos
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Je m’appelle Ghaan

Ghaan

l'Écrivain Alchimiste qui vous aide à transformer vos histoires en or. À force de travail, j'ai compris que l'écriture est un Art Alchimique, un savant mélange de créativité, de méthodes et de confiance en soi. J'ai réuni mes conseils les plus efficaces dans un livret gratuit:«Comment polir son roman pour en faire un diamant».
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