Comment rendre un personnage attachant? La méthode du soufflé au fromage 1/3

Comment rendre un personnage attachant même s’il est, au choix, con/ mal embouché/ désagréable/ borné/inconscient, voire tout à la fois? C’est le débat d’écriture lancé par Brice Massé, mon copain scénariste. Imaginez… vous en avez ras-le bol des petits orphelins martyrisés mais qui sauveront le monde car ils sont gentils (et accessoirement, l’élu). Alors il vous prend l’envie de créer un personnage pas tendre. Vous êtes fier de votre héros atypique. Vous donnez votre histoire à relire et là… c’est le drame. Votre bêta lecteur vous dit: « Mais c’est quoi ce connard? Il m’a soûlé au bout de deux lignes, j’ai arrêté. ».

Euh…

Cela m’est arrivé dernièrement sur une romance. J’ai tellement cherché à faire de mon héroïne une femme forte que dans mon premier chapitre, elle ressemble à un pitbull. Brice et ses héros de cinéma à la morale douteuse rencontrait le même problème. Alors, on s’est lancé dans un grand débat pour trouver une méthode à appliquer pour rendre un personnage attachant. Les résultats me rappelle un peu un soufflé au fromage, avec une croûte parfois cramée mais dont les failles de la croûte laissent apparaitre le cœur blanc et fondant.

 Ceci est plus qu'un soufflé au fromage qui sort du four. C'est une métaphore de comment rendre un personnage attachant. Il y a un cœur crémeux sous la croûte fendillée

 

Le Principe Alchimique pour rendre un personnage attachant

En fait, la question cachée est: «comment créer de l’empathie avec le lecteur même si le personnage n’est pas sympathique?» En effet, la premier point d’ancrage de votre lecteur est ce lien qu’il va établir avec votre héros: ressentir ce qu’il ressent, vouloir ce qu’il veut et donc, ne pas refermer le livre. Établir cette connexion est donc crucial mais difficile, surtout avec un héros qui n’est pas sympathique au premier abord.

Pourquoi le soufflé au fromage? Car on ira gratter sous la carapace, et la croûte parfois cramée du soufflé se fendillera pour laisser apparaître ce qui est caché, le cœur appétissant. Sachant que les lecteurs se nourrissent parfois de choses peu ragoutantes. ^-^

La Recette Alchimique pour rendre un personnage attachant

La première étape consiste à faire le point sur les outils à disposition pour rendre un personnage attachant. Vous risquez vite de sauter au plafond en disant: «N’importe quoi! Parle-en au Parrain qu’on rigole!» Mais attendez, cela deviendra au fur et à mesure plus profond…

Épisode 1: Les techniques bateau pour rendre un personnage attachant

En gros, on va essayer de coller un «lovely item» à notre personnage. C’est bête et méchant, mais souvent diablement efficace 😉

Astuce 1: Le chiot abandonné sous la pluie dans un carton

Je suis orphelin, ouin! Je sers de souillon à toute la famille, ouin! Ce petit moment où vous tordez le cœur de votre lecteur va le faire s’accrocher inconsciemment à ce pauvre petit. La technique de l’orphelin est toujours largement utilisée, mais les lecteurs peuvent être fatigués de cette astuce éculée. Donc, je vous la donne mais perso, je l’utilise rarement.

 

Astuce 2: Une certaine forme de mignonnerie

La maladresse, la gentillesse naïve, les grands yeux larmoyants, cela marche très bien aussi pour rendre un personnage attachant. Typiquement, la peste du bureau peut adorer le chocolat et le grignoter en cachette. Ce sera mignon et donc attachant. Et puis on aime les contradictions. Le tueur à  gages peut avoir deux mains gauches et faire tomber son gun au mauvais moment… Enfin, là, on vire dans le comique 😉 On en reparlera.

Astuce 3: Un truc qu’il aime très très fort…

L’amour rend aimable. Comment pourriez-vous me détester si je vous dis que j’adore les chats? OK, je suis une peste, je m’essuie les chaussures à talons sur mes collaborateurs au bureau mais vraiment j’adore les chats…
Le tueur à gages, disons qu’il peut avoir une femme ou une maman qu’il aime très très fort.
Attention toutefois avec les astuces sorties du chapeau d’un lapin. Un vrai sociopathe n’aime pas sa femme, ni même sa maman. Il n’aime personne. Il peut toutefois aimer les chats entre deux séances de torture. Les chats étant eux-même des psychopathes. Tout va bien.
un cœur avec écrit I love you mom. Une technique éculée pour rendre un personnage attachant

Alexas_Fotos / Pixabay

Astuce 4: C’est pas de sa faute parce que…

Une astuce qui marche pas mal pour qu’on s’attache même au pire des salauds, c’est les explications/excuses qui expliquent ses actes. Cela peut venir de sa backstory (on en reparlera plus tard) ou souvent du contexte social. Par exemple, les obligations envers un autre qui pousse à des solutions ultimes. Exemple: j’aime démesurément maman, mais elle est malade mais la sécu n’existe plus (c’est pour bientôt) et je dois trouver des milliers de dollars tous les mois. Quelle solution j’ai à part, au choix, vendre mon corps, dévaliser des banques, fabriquer de la meth ou devenir tueur à gage?
Vous avez compris le truc. En gros, c’est une contingence de l’univers qui explique – excuse – son comportement actuel.
S’il a pas d’excuse à son comportement, il peut y avoir des explications. Ce qui est somme toute, trois fois plus fort (on en reparlera plus tard)

Astuce à deux balles: le défaut du héros

On nous dit souvent qu’un héros doit avoir un défaut pour sonner réaliste et accrocher le lecteur. Alors on lui en colle un:

«Euh… on va dire qu’il a peur des chats. Une peur panique. Et puis, ce sera drôle.»

Pour info, une phobie, ça a souvent une explication psychanalytique très précise. Quelle est-elle? OK, vous l’avez trouvée. Maintenant, expliquez-moi en quoi ce problème psychologique fait du sens dans votre histoire? ^-^ Hormis le besoin de dire que les chats sont tous des psychopathes.

un chaton avec un sourire à l'envers avec écrit: «grumpy kitty»

gfkDSGN / Pixabay

Bref, la question n’est pas de choisir un lovely item. La question est de bien bosser le passé de son personnage pour identifier ou sont ses failles, ses forces et ces petits trucs qui peuvent le rendre sympathique. Le but de ces astuces n’est pas de les sortir du chapeau d’un lapin mais de les reconnaître dans son passé et la façon dont il s’est construit pour en «montrer» quelques unes dès le début.

Enfin, n’oubliez pas de garder une certaine mesure. Toutes les astuces précitées ne collent pas à votre héros et c’est tant mieux, un lovely item suffit amplement à part si vous faites un remake de « Sakura, Chasseuse de cartes ».

Réflexion à mi-chemin: le choix est la clef de tout

Rien que ces astuces superficielles m’ont sauvé la vie avec mon héroïne pitbull mais dans le cas de Brice et de ses tueurs à gages, ça coince un peu:

«OK, donc mon tueur, il sauve un chaton de son arbre et après il étrangle froidement un SDF pour lui piquer ses pièces…mais c’est parce que lui même meurt de faim…»

OK, ça va pas le rendre sympathique, ça va juste rendre l’histoire incohérente (à part si le tueur en question a moins de douze ans). En fait, là, le soufflé retombe très vite. C’est le mauvais côté de la méthode 😉

Blague à part, un homme qui tue pour réunir l’argent pour soigner sa mère ne peut pas être détesté. Ce qui est intéressant avec un tel personnage, c’est qu’il garde un sens moral et qu’il souffre de ce qu’il fait. De plus, cela donnera des scènes intéressantes car comme le dit Robert Mckee, ce qui crée l’empathie, c’est un choix cornélien: le choix entre deux mals ou entre deux irréconciliables biens. De même, Lisa Cron pense que l’accroche avec le lecteur se fait par le conflit intérieur du personnage car pendant ce débat intérieur, le lecteur va forcément se demander:

«Et moi? Je ferais quoi à sa place?»

Il est là le vrai pouvoir pour captiver son lecteur.

On verra plus en détail cela dans le prochain article. Vous allez découvrir des techniques qui marchent même sur les tueurs à gage 😉

À vos plumes!

Le petit exercice du jour ne vous oblige pas à écrire. L’idée serait de relire le premier chapitre d’Harry Potter et de noter les techniques que l’auteure a utilisé pour vous faire aimer Harry.

^-^

Voilà pour les lovely items! La suite plus sérieuse est ici:

Comment rendre un salaud attachant? La méthode du soufflé au fromage 2/3

Merci à Brice Massé pour cet échange! si vous voulez découvrir son univers, c’est ici:

javeed titre d'une BD en écriture d'influence arabe. On voit un alchimiste qui s'escrime sur des manuscrits avec une femme cachée dans l'ombrehttps://massee-brice.jimdo.com/travaux-personnels

Écrivez-moi ici si vous voulez des conseils plus personnalisés ou que je traite une question précise dans un article. Et pour en savoir plus sur la plume et le retravail d’une histoire, n’hésitez pas à télécharger mon livre: «Comment polir son roman pour en faire un diamant».

couverture comment polir son roman pour en faire un diamant

Bonne chance à vous dans vos projets! ^-^

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14 commentaires sur “Comment rendre un personnage attachant? La méthode du soufflé au fromage 1/3
  1. Super-Gaufrette dit :

    Et si on nem pas Harry on fait quoi ? ^^ »

    • Lol. Tu peux tenter avec Naruto. Ce sera à peu près la même. L’ambition en plus. 😉 Une des prochaines techniques un peu moins bateau!
      C’est vrai que c’est agaçant ces techniques archirevues, mais j’étais un peu obligée d’en passer par là avant d’attaquer la suite.
      ^-^

  2. Axelle Bouet dit :

    J’ai eu ce souci avec un personnage principal qui est un sale con… et le plus drôle est que cela a mieux marché avec lui, qu’avec ma gentille, qui est victime, elle, et qui subit sur tout le tome 1. En fait, on s’attache à mon sale con quand on comprends qu’il n’en est pas un, mais j’ai veillé à ce que la première piste arrive très vite (3ème chapitre), histoire que le lecteur comprenne que ce type aime des gens et des choses, sincèrement, et y veille, même si par ailleurs c’est un abominable trou du cul.

    • lol, ça ne m’étonnes pas. Au final tu l’as peut-être un peu mieux soigné 😉
      Le problème avec une héroine qui subit, c’est qu’elle peut vite sembler passive. Hors, la passivité n’engendre pas d’empathie sur le long terme.
      Agir, prendre des décisions difficiles, c’est ce qui accroche le mieux. Bien souvent!
      Et puis…
      Si tu étais dans la romance, je te dirais: les filles aiment les connards (véridiques, les avis et sondages me rendent folle!). Du moins, dans les livres lol.
      Dans la fantasy, peut être que lectrices et lecteurs en ont ras le bol du complexe du gentil héros orphelin et passif au début de l’histoire. Du coup, ton con qui a des attaches fortes, il plaît ^-^ C’est cool!
      bonne continuation dans ce grand projet!
      http://www.loss.psychee.org/acheter-le-roman-les-chants-de-loss/

  3. Eric Abbel dit :

    Super article. Attention quand même à ne pas confondre sympathie pour le caractère et « attachement »: à mon sens, la meilleure méthode est de placer le personnage dans une situation difficile dont il doit se sortir. Peu importe qui il est, ça fonctionne ! C est la méthode de pas mal de scénarios qui, en plus, ont réalisé effectivement qu il fallait que le spectateur éprouve de l empathie aussi pour le méchant…

    • Merci pour cette précision ^-^
      Créer un personnage qui suscite l’empathie ne suffit pas, tu as raison, il faut que l’histoire plonge ce personnage dans une situation difficile où il devra agir et faire des choix (première moteur de lien avec le lecteur). Mais là, on sort du personnage en lui-même pour tomber dans le scénario. C’est le travail sur l’incipit: Comment faire en sorte que l’histoire accroche le lecteur au plus tôt? J’ai essayé d’en faire un article il y a de cela fort fort longtemps. Et je me rends compte que je l’ai pas remis sur ce blog, étrange… http://ghaanima.com/incipit

      Sinon, en effet, les exemples de ce premier article sont plus pour rendre un perso sympa. C’est très artificiel. C’est pour cela que je parle de « technique bateau ». Tout ce qui est sérieux et plus profond, c’est dans le prochain article, lol. Je sais c’est un peu bête, mais j’avais pas envie de pondre un pavé!

      Ah oui, l’empathie pour le méchant… C’est pour cela que j’adore les mangas et plus généralement la narration asiatique. Depuis très longtemps ils ont compris que les choses ne sont pas blanc ou noir mais d’une infinité de gris. Quand on arrive à tordre le cœur du lecteur pour le méchant, on a accompli un grand bond en avant dans la qualité d’une histoire. De plus, je pense qu’on est las des anciens clichés hollywoodiens où le héros est un surhomme et le méchant, une raclure sans fond. Dans la vraie vie, les choses sont plus complexe.

      bonne continuation à toi!

  4. Dorian Lake dit :

    Merci pour l’article !

    Ces éléments fonctionnent parce qu’ils sont source de conflit à mon sens.

    Ce conflit, interne (surtout) et externe, permet de s’attacher à un personnage de façon organique. Ce sont pas tant des petites astuces qu’un fondamental du récit.

    L’exemple du tueur à gage peu habile en relève et fonctionne pour cela. Ça peut être comique (oops!), ou tragique (suites d’une blessure, parkinson, etc.). Mais on est clairement dans une lutte avec soi-même et le lecteur s’y retrouve.

    Je conseille La Dramaturgie de Yves Lavandier sur le sujet. Il donne de très bons exemples et explique cela bien mieux que moi.

    • très intéressant, oui, c’est ce sur quoi je voulais en venir dans la troisième partie.
      Je me base surtout sur le travail de Lisa Cron qui n’est que en anglais. Elle base tout, mais tout sur le conflit intérieur.
      C’est devenu la base de mes fiches personnages, même si au cours du récit j’ai malheureusement tendance à le perdre de vue.
      C’est un moteur puissant.
      N’importe quel problème psychologique ou défaut peut être comique ou tragique selon la perception qu’en a le personnage. À partir du moment ou il se regarde dans une glace et réalise qu’il a un problème, l’histoire vire au drame. ou du moins gagne en profondeur et perd en comique.
      Mais le fond reste, et oui, le fond importe au lecteur.

  5. Hoarau Loana dit :

    J’ai revu mon personnage Buczko dans toutes ces explications, je pense que je l’ai bien travaillé, au final 😉

  6. julie dit :

    intéressant, oui le passé du personnage peut expliquer le comportement du personnage présent qu’on peut ressentir de l’empathie mais je rajoute la personnalité du personnage aussi qui fait qu’on s’attache à lui pour ses qualités mais aussi pour ses défauts j’adore les personnages à humour sarcastique qui disent tout haut ce qu’il pense même dans le pire moment où il ne faut pas

    • oui c’est vrai! Docteur House en est un bon exemple! (je l’adore, je l’adore, Sheldon rentre un peu dans cette catégorie aussi ahah)
      je cite des astuces un clichées mais la vraie recette reste dans un personnage bien équilibré, c’est vrai! tiens, ça ferait une bonne conclusion ça…
      Merci pour ton commentaire!

      • julie dit :

        Je ne suis pas une fan de dr house xd en livre j’adore les personnages sarcastiques mais en film et séries tv je préfère le comique de situation à la mr bean etc je vous ai répondu en com sur facebook aussi et mon personnage préféré en série tv est Piper de charmed qui au début manque de confiance en elle comme moi puis au fur et à mesure prend de l’assurance et de la confiance en elle et est forte physiquement et moralement avec des faiblesses c’est un modèle pour moi ^^ mais en livre comme c’est de l’écrit le comique de situation marche moins bien et je ne ris pas mais réplique sarcastique ça marche sur moi à l’écrit en livre mais en film et série par l’image ça ne marche pas hyper sur moi l’humour sarcastique je ne ris pas à en mourir de rire par contre en image film, série, vidéos avec du comique de situation ça marche sur moi en mourant de rire que j’ai même pleuré de rire j’en pouvais plus

      • oh l’humour… c’est tellement difficile. C’est intéressant ce que tu dis là, le sarcasme marche mieux à l’écrit?
        très intéressant, je tente l’humour depuis peu et c’est très complexe…

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Je m’appelle Ghaan

Ghaan

l'Écrivain Alchimiste qui vous aide à transformer vos histoires en or. À force de travail, j'ai compris que l'écriture est un Art Alchimique, un savant mélange de créativité, de méthodes et de confiance en soi. J'ai réuni mes conseils les plus efficaces dans un livret gratuit:«Comment polir son roman pour en faire un diamant».
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